ARCE : montant, conditions et versement pour un intérimaire

ARCE, aide à la reprise ou création d’entreprise après une mission d’intérim

Toucher son allocation chômage sous forme de capital plutôt que mois après mois : c’est le principe de l’ARCE, aide à la reprise ou création d’entreprise, pour un ancien intérimaire du bâtiment qui se lance à son compte. Le choix ne se refait pas une fois signé, et beaucoup le découvrent trop tard : une fois le capital demandé, l’allocation mensuelle s’arrête net. Entre le confort d’un revenu régulier et l’appui financier immédiat, l’arbitrage se prépare avant même de créer une activité après une carrière dans le BTP. Voici le montant réel, les conditions à remplir et la marche à suivre pour l’obtenir sans mauvaise surprise.

ARCE, aide à la reprise ou création d’entreprise : le principe

Un intérimaire qui met fin à sa dernière mission pour se mettre à son compte a le choix entre deux options auprès de France Travail. Garder l’allocation d’aide au retour à l’emploi (ARE) et la cumuler chaque mois avec les revenus de la nouvelle activité, dans la limite de 60 % des droits restants. Ou demander le versement du capital ARCE, réparti en deux fois plutôt qu’étalé sur des mois.

Le choix se fait une seule fois, au moment où l’activité démarre officiellement, et il ne se rejoue pas ensuite. Une fois l’ARCE demandée, le cumul mensuel avec l’ARE disparaît : le capital remplace l’allocation, il ne s’y ajoute pas. Avec le maintien classique, le montant perçu varie chaque mois selon les revenus tirés de l’entreprise, ce qui amortit les débuts incertains d’un chantier ou d’une petite structure. Avec l’ARCE, la somme est fixée d’avance et versée en deux temps, sans lien avec la réussite immédiate du projet.

Pour un ancien intérimaire du bâtiment habitué à des revenus irréguliers d’une mission à l’autre, ce basculement mérite d’être pesé avant toute signature. L’Unédic, qui fixe les règles de calcul du régime d’assurance chômage, précise que l’option pour l’ARCE ferme aussi la validation de trimestres de retraite de base sur la période couverte par le capital. Le maintien de l’ARE, à l’inverse, ouvre droit à des périodes assimilées prises en compte pour la retraite.

Ce détail passe souvent inaperçu au moment de la demande, alors qu’il pèse sur la carrière longtemps après la création de l’entreprise. Un chef de chantier qui a cumulé quinze ans de missions n’a pas la même sensibilité à cette perte de trimestres qu’un jeune intérimaire en début de parcours.

Les 3 conditions pour toucher l’ARCE

Trois conditions cumulatives conditionnent le versement du capital. Avoir créé ou repris une entreprise en France après la fin du contrat de travail, ce qui exclut une activité démarrée avant l’inscription comme demandeur d’emploi. Bénéficier de l’allocation d’aide au retour à l’emploi (ARE) au moment de la demande. Et surtout, être éligible à l’aide aux créateurs et repreneurs d’entreprise (ACRE), un dispositif d’exonération partielle des charges sociales pendant un an.

Cette troisième condition surprend souvent les intérimaires qui découvrent l’ARCE tardivement : sans l’ACRE, France Travail refuse le versement, même si les deux premières conditions sont remplies. La démarche d’immatriculation de l’entreprise doit donc être pensée main dans la main avec la demande d’ACRE, pas après coup.

Un salarié privé d’emploi qui a quitté un congé de reclassement ou un congé de mobilité peut lui aussi prétendre à l’ARCE, à condition de s’inscrire comme demandeur d’emploi juste après la fin de ce congé. Ce cas concerne surtout des profils issus de grandes entreprises du secteur, moins fréquent chez un intérimaire enchaînant les missions courtes.

Le cas du contrat de sécurisation professionnelle mérite un détail à part. En cas de licenciement économique suivi d’une adhésion au CSP, demander l’ARCE fait basculer le bénéficiaire de l’allocation de sécurisation professionnelle vers l’ARE classique, et c’est ce nouveau montant qui sert de base au calcul du capital. Un conseiller France Travail vérifie ce point avant toute validation, souvent au cours d’un rendez-vous dédié.

ARCE, aide à la reprise ou création d'entreprise après une mission d'intérim

Montant et versement : le calcul étape par étape

Le montant de l’ARCE est fixé une bonne fois pour toutes : 60 % du capital restant des droits à l’ARE, diminué d’une retenue de 3 % au titre du financement des retraites complémentaires. Le paiement intervient en deux versements égaux, le premier à l’ouverture des droits, le second six mois plus tard, sous réserve de justifier que l’activité existe toujours et qu’aucun contrat à durée indéterminée à temps plein n’a débuté entretemps.

Un exemple chiffré pour un reliquat de 518 jours de droits

Un exemple publié par l’Unédic éclaire le calcul. Un demandeur d’emploi ouvre un droit ARE de 40 euros par jour pour 548 jours. Après un mois d’allocation classique, il crée son entreprise avec un reliquat de 518 jours. Le capital brut se calcule ainsi : quarante euros multipliés par cinq cent dix-huit jours, puis par 0,60, soit 12 432 euros. Une fois la retenue de 3 % appliquée, il reste 12 059 euros, versés en deux fois 6 029,50 euros.

Un second profil illustre l’écart selon les profils : avec une allocation journalière de 57 euros et vingt mois de droits restants, chaque versement atteint 3 901,36 euros. Plus l’allocation journalière et le reliquat sont élevés, plus le capital grimpe mécaniquement, sans plafond fixe autre que les droits ARE eux-mêmes.

Élément du calculValeur
Montant du capital60 % du reliquat de droits ARE
Retenue sociale appliquée3 % (financement des retraites complémentaires)
Calendrier de versement1er versement au démarrage de l’activité, 2nd versement 6 mois après
Exemple (518 jours à 40 €/jour)12 432 € bruts, 12 059 € nets, soit 6 029,50 € par versement

L’ARCE reste soumise à la CSG et à la CRDS, prélevées directement sur chaque versement, ce qui explique l’écart entre le montant brut annoncé et la somme réellement encaissée sur le compte. Un simulateur mis à disposition par France Travail permet d’estimer le montant avant même de déposer une demande, à partir des droits ARE déjà notifiés.

Comment demander l’ARCE auprès de France Travail

La démarche se déclenche une fois l’activité officiellement créée ou reprise, jamais avant. Elle suppose de remplir une demande d’ARCE et de remettre à France Travail un justificatif attestant de la création ou de la reprise d’entreprise dans le cadre de l’ACRE, le plus souvent un extrait K-bis ou une synthèse de l’Institut national de la propriété industrielle.

Le conseiller référent joue un rôle central dans ce parcours, en particulier pour vérifier l’éligibilité à l’ACRE avant le dépôt du dossier. Beaucoup de démarches recoupent celles nécessaires pour financer sa reconversion professionnelle dans le BTP, ce qui pousse certains intérimaires à préparer les deux dossiers en parallèle plutôt que l’un après l’autre.

Un justificatif d’immatriculation au registre national des entreprises peut remplacer le K-bis lorsque l’activité n’est pas commerciale, par exemple pour une structure artisanale du bâtiment. Rien n’empêche de solliciter le conseiller avant même la création effective, pour vérifier en amont que les trois conditions sont réunies et éviter un refus administratif évitable.

Une demande déposée trop tôt, avant l’ouverture réelle des droits à l’ARE, retarde simplement le premier versement sans faire perdre le bénéfice de l’aide. À l’inverse, attendre plusieurs mois après le début de l’activité ne prive de rien non plus : seul le calendrier des deux versements s’en trouve décalé.

Le dépôt du dossier s’effectue le plus souvent depuis l’espace personnel du demandeur d’emploi, en pièce jointe d’une demande adressée au conseiller référent. Le guichet unique des formalités d’entreprise centralise déjà l’essentiel des justificatifs à ce stade, ce qui évite de multiplier les envois séparés vers France Travail pour un même dossier.

Si le projet échoue : la reprise de vos droits à l’ARE

Un projet d’entreprise qui cesse après le second versement de l’ARCE ne ferme pas définitivement la porte à l’allocation chômage. Le capital versé ne représente que 60 % des droits restants : les 40 % non consommés peuvent redevenir une allocation mensuelle, à condition de se réinscrire comme demandeur d’emploi auprès de France Travail.

Cette reprise n’est pas immédiate. Un différé s’applique, calculé en divisant le montant brut du second versement par le montant journalier de l’ARE. Concrètement, si ce second versement correspondait à trois mois d’allocations journalières, la reprise du paiement mensuel intervient trois mois après la date de ce versement, pas avant, quel que soit le motif de l’échec.

La partie du capital jamais réclamée reste disponible pendant une durée limitée : trois ans à partir de la date d’ouverture du droit initial, augmentés de la durée des droits ouverts au départ. Passé ce délai, le reliquat est définitivement perdu, quelle que soit la raison pour laquelle l’entreprise a cessé son activité.

Un cas particulier concerne les droits soumis à la dégressivité des allocations : la durée d’indemnisation que représente le capital versé s’impute d’abord sur la part du droit affectée par ce coefficient. Lors d’une reprise, l’allocation peut alors être servie à taux plein une fois cette imputation entièrement consommée, sans application du coefficient réduit.

La réinscription elle-même ne se fait pas d’un simple appel. Il faut apporter la preuve de la cessation, un acte de radiation du registre du commerce et des sociétés ou du répertoire des métiers suffit généralement. France Travail réexamine ensuite le dossier avant de rouvrir le paiement, un délai de traitement qui s’ajoute au différé déjà calculé sur le second versement.

ARCE ou maintien de l’ARE : quel choix pour un intérimaire du BTP ?

Garder le confort du versement mensuel de l’ARE

Miser sur le capital immédiat de l’ARCE

Le maintien de l’ARE convient à qui redoute une trésorerie fragile en début d’activité. L’allocation continue d’arriver chaque mois, ajustée aux revenus réellement encaissés, et les trimestres de retraite continuent de se valider grâce aux périodes assimilées. C’est un filet de sécurité qui absorbe les mois creux, fréquents la première année d’une petite structure du bâtiment confrontée à la météo ou aux retards de chantier.

L’ARCE convainc plutôt les profils qui ont besoin de trésorerie dès le départ : achat de matériel, caution de local commercial, premier stock de fournitures. Le capital, disponible en une fois puis six mois plus tard, finance des dépenses que des mensualités d’ARE ne couvriraient jamais assez vite. La contrepartie est réelle : aucune validation de trimestres pendant la période couverte, et un filet de sécurité réduit si l’activité met du temps à décoller.

Reprenons l’exemple du reliquat de 518 jours à 40 euros par jour. Rester sous ARE aurait étalé une somme proche du même capital sur plusieurs mois de cumul, plafonnée à 60 % des droits chaque mois selon les revenus réellement encaissés. L’ARCE avance directement une partie de cette somme dès le lancement, quitte à renoncer au complément mensuel si l’activité met du temps à générer du chiffre d’affaires.

Ce choix façonne aussi bien un projet de reprise d’entreprise qu’une création pure. Un artisan qui reprend une petite entreprise déjà existante, avec un carnet de commandes rempli dès le premier mois, a moins besoin du filet de l’ARE qu’un créateur qui part de zéro sur un marché local encore à construire.

Pour un intérimaire du bâtiment qui hésite encore entre créer sa structure et repartir sur une mission salariée, envisager une reconversion professionnelle dans le BTP reste une option sérieuse, le temps d’affiner le projet. Certains préfèrent temporiser et retrouver un emploi salarié plutôt que de se lancer dans l’incertitude d’une activité non salariée dont le carnet de commandes reste encore à construire.

Sources

  • Service-Public.gouv.fr — l’aide à la reprise ou à la création d’entreprise (ARCE), 2026
  • Unédic — le calcul et le versement de l’ARCE, 2026

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