Indemnité de fin de mission intérim : calcul et montant

Indemnité de fin de mission intérim : calcul, montant et cas d’exclusion

Un dernier bulletin de paie d’intérim se lit rarement en diagonale. Entre le salaire de base, les heures supplémentaires et deux lignes d’indemnités, le total final réserve des surprises. L’indemnité de fin de mission, que la plupart des agences appellent prime de précarité, pèse à elle seule un dixième de ce que vous avez gagné sur le contrat. Encore faut-il qu’elle soit calculée sur la bonne assiette et qu’elle vous soit réellement due. Les conditions de travail en intérim déterminent votre quotidien de mission, la fin du contrat détermine ce que vous emportez. Voici comment contrôler ce montant, repérer les cas où il disparaît et réagir quand la ligne manque.

Une indemnité de fin de mission intérim, ce n’est pas un geste de l’agence

Le code du travail ne laisse aucune marge sur ce point. Ses articles L1251-32 et L1251-33 imposent le versement d’une indemnité à la fin de chaque contrat de mission, en complément du dernier salaire. Rien à voir avec une prime de fidélité que l’agence accorderait à ses meilleurs profils.

Cette indemnité compense une situation précise : vous avez travaillé sans la visibilité d’un contrat à durée indéterminée, avec une date de fin connue d’avance et aucune garantie de mission suivante. Le législateur a chiffré ce déséquilibre à un dixième de la rémunération perçue. Votre employeur juridique reste l’entreprise de travail temporaire (ETT), celle qui vous salarie et vous verse cette somme, pas l’entreprise utilisatrice chez qui vous passez vos journées. Une confusion fréquente quand un chantier se termine mal : c’est bien l’agence qui régularise, jamais le client final.

La prime de précarité n’est pas non plus une faveur négociable au moment de signer. Son taux constitue un plancher légal qu’une convention collective peut relever, jamais abaisser. Les agences qui la présentent comme un argument commercial vendent une obligation qui s’impose à toutes.

Aucune durée minimale n’ouvre ce droit. Une mission de trois jours produit une indemnité de fin de mission au même titre qu’un contrat de six mois, proportionnelle au salaire versé. Les intérimaires qui enchaînent les remplacements courts accumulent autant de lignes d’indemnité que de contrats signés, chacune calculée séparément. Ce détail change la lecture des fiches de paie : ce n’est pas un cumul annuel qui apparaît, mais le solde de chaque mission prise isolément.

Le calcul des 10 % : sur quelle rémunération brute exactement

Le taux ne varie pas : 10 % de la rémunération totale brute perçue au titre de la mission, renouvellement du contrat inclus. Service-Public.fr rappelle qu’il s’agit d’un minimum, qu’une convention collective ou un accord d’entreprise peut relever. La formule tient en une multiplication, toute la difficulté porte sur l’assiette.

Tout ce qui constitue du salaire brut entre dans le calcul. Heures supplémentaires, majorations pour travail de nuit ou du dimanche, primes soumises à cotisations : chaque euro brut gonfle la base. Les remboursements de frais professionnels en sortent, puisqu’ils compensent une dépense et non un travail. Prenez une mission de trois mois payée 6 300 € brut au total, renouvellement compris : l’indemnité s’établit à 630 €, versée avec la dernière paie. Deux intérimaires au même taux horaire repartent parfois avec des montants très différents, simplement parce que l’un a accumulé des heures de nuit.

Élément à vérifierIndemnité de fin de missionIndemnité compensatrice de congés payés
Taux minimum10 % de la rémunération totale brute10 % de la rémunération totale brute, indemnité de fin de mission comprise
Assiette de calculRémunération de la mission, renouvellement inclusRémunération de la mission augmentée de l’indemnité de fin de mission
Moment du versementÀ la fin de chaque mission, avec le dernier salaire dûÀ la fin de la mission ou lors de la rupture du contrat
Document de contrôleDernier bulletin de salaireReçu pour solde de tout compte

La seconde ligne d’indemnité surprend davantage. L’indemnité compensatrice de congés payés (ICCP) suit un taux identique, mais son assiette englobe l’indemnité de fin de mission elle-même. Sur un même contrat, vous percevez 10 % du salaire brut au titre de la précarité, puis au moins 10 % du total ainsi obtenu. L’ordre des opérations n’a rien d’anecdotique sur une mission longue.

Le versement suit la fin de chaque mission, en même temps que le dernier salaire dû. Aucun délai supplémentaire ne se justifie, aucune attente de facturation du client non plus : l’agence paie à l’échéance normale de la paie.

Indemnité de fin de mission intérim : calcul, montant et cas d'exclusion

Cinq situations qui privent l’intérimaire de sa prime de précarité

Cinq cas, cinq seulement, autorisent une agence à ne pas verser cette indemnité. Ils sont listés dans le code du travail et aucune pratique interne ne peut en ajouter un sixième. Le Code du travail numérique les reprend convention collective par convention collective, ce qui permet de vérifier en quelques clics si la vôtre prévoit une règle plus favorable que le minimum légal.

  • Conclusion d’un CDI avec l’entreprise utilisatrice immédiatement après la fin de la mission
  • Complément de formation professionnelle dispensé par l’entreprise utilisatrice à l’issue de la mission
  • Rupture anticipée du contrat à l’initiative du salarié
  • Rupture anticipée pour faute grave ou pour force majeure
  • Contrat à caractère saisonnier, sauf disposition conventionnelle contraire

La rupture anticipée à votre initiative est celle qui coûte le plus cher. Quitter une mission avant son terme pour une opportunité mieux payée fait tomber l’indemnité sur l’intégralité du contrat, pas seulement sur les jours restants. Sur six mois de mission interrompus au bout de cinq, la perte porte sur le dixième de tout ce qui a été gagné. La parade consiste à négocier une rupture d’un commun accord avec l’agence, formalisée par écrit avant le départ, plutôt que de partir du jour au lendemain.

Le contrat saisonnier mérite un examen à part. L’exclusion joue par défaut, sauf si la convention collective ou l’accord applicable dans l’entreprise prévoit malgré tout le versement. La convention dont vous relevez est mentionnée sur votre contrat de mission : c’est le premier document à ouvrir avant de renoncer à réclamer quoi que ce soit. Les secteurs qui recrutent le plus en intérim, dont on trouve le détail dans les métiers qui recrutent en intérim, appliquent des textes de branche très différents les uns des autres.

Ce que les renouvellements changent au montant final

Le renouvellement n’ajoute pas une seconde indemnité, il agrandit l’assiette de la première. Un contrat prolongé une fois produit une indemnité calculée sur la totalité des deux périodes, versée en une ligne à la fin. D’où l’intérêt de connaître les plafonds de durée attachés à votre motif de recours.

Les plafonds de durée selon le motif de recours

La durée maximale d’un contrat de mission dépend de la raison pour laquelle l’entreprise utilisatrice recourt à l’intérim, renouvellements compris. Un remplacement classique et un accroissement temporaire d’activité plafonnent au même niveau, une mission exécutée à l’étranger va plus loin, des travaux urgents de sécurité s’arrêtent bien avant. Le bâtiment croise souvent ces limites : l’intérim dans le BTP sans expérience s’organise autour de missions longues et renouvelées, donc d’indemnités plus élevées à l’arrivée.

Motif de recours à l’intérimDurée maximale, renouvellement compris
Remplacement d’un salarié absent18 mois
Accroissement temporaire d’activité18 mois
Mission exécutée à l’étranger24 mois
Travaux urgents pour mesures de sécurité9 mois
Cycle de formation effectué en apprentissage36 mois

Le délai de carence entre deux missions

Une fois la mission terminée, l’entreprise utilisatrice ne peut pas reprendre immédiatement un intérimaire sur le même poste. Le délai de carence s’impose : le tiers de la durée du contrat précédent quand celui-ci a duré quatorze jours ou plus, la moitié quand il a été plus court, renouvellement inclus dans les deux cas. La durée du contrat s’apprécie en jours calendaires, la carence se décompte en jours d’ouverture de l’établissement. Ce mécanisme évite les enchaînements sans fin sur un poste qui relèverait d’un emploi permanent.

Deux missions séparées par une carence produisent deux indemnités distinctes, chacune calculée sur son propre contrat. Rien ne se cumule, rien ne se reporte. Un intérimaire régulier voit donc passer autant de lignes de précarité que de contrats signés dans l’année.

Repérer une IFM manquante et la réclamer sans attendre

Une indemnité absente se repère en quelques secondes, à condition de savoir où regarder. Deux documents font foi à la fin d’un contrat de mission, et les deux vous sont remis. Aucun n’est facultatif, aucun ne se demande comme une faveur.

Les lignes à contrôler sur le dernier bulletin

Le montant de la prime de précarité figure sur le dernier bulletin de salaire, sous un libellé explicite : indemnité de fin de mission, ou IFM en abrégé. À côté, une ligne distincte porte l’indemnité compensatrice de congés payés. Les deux doivent apparaître séparément, avec une base de calcul lisible. Un bulletin qui affiche une somme globale sans détail ne permet aucune vérification : demandez le décompte à l’agence, elle est tenue de le fournir.

Le reçu pour solde de tout compte reprend l’ensemble des sommes versées à la fin du contrat. Signer ce document ne vous prive pas de tout recours : sa portée ne couvre que les sommes qui y sont détaillées, ligne par ligne.

Les recours face à l’agence d’intérim

La première démarche reste la plus efficace : un courriel à l’agence, avec le numéro de contrat et le décompte que vous attendez. Beaucoup d’oublis viennent d’une erreur de saisie et se corrigent sur la paie suivante. Sans réponse sous quinze jours, une lettre recommandée fixe la date de votre réclamation, ce qui compte si le litige se prolonge. L’inspection du travail peut être saisie en parallèle : elle intervient auprès de l’employeur sans qu’un juge soit saisi.

Le conseil de prud’hommes tranche en dernier ressort les litiges sur les sommes dues au titre d’un contrat de mission, sans frais de procédure ni obligation de prendre un avocat. Un réflexe évite bien des impasses : conservez chaque contrat de mission signé, celui que l’agence doit vous transmettre dans les deux jours ouvrables suivant la mise à disposition. Sans contrat écrit, reconstituer les sommes dues devient un exercice pénible.

Sources

  • Service-Public.fr — le contrat de travail temporaire et l’indemnité de fin de mission, 2026
  • Code du travail numérique — le calcul de l’indemnité de fin de mission en intérim, 2024

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